Certaines zones de la ville sont inondées. Sous la couche de déchets, on ne sait pas toujours ce qu’il y a…
Par la fenêtre, des tours à perte de vue. Il n’y a plus de ciel. Les immeubles ont poussé de plus en plus haut. En bas, des quais surélevés longent les bâtiments. Des milliers de passerelles permettent de passer d’un immeuble à un autre.
lundi 5 mars 2007
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La ville
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Fanny
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Libellés : Univers
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3. Intervalle
La nuit a été longue d’errance. Je cherche un homme. C’est un tueur. Je ne sais pas pourquoi il tue. Je crois qu’il aime ça, tout simplement. Je crois qu’il assassine au hasard. Tout le temps des femmes, parce qu’elles meurent en douceur, parce qu’elles meurent en beauté.
Je l’ai vu cette nuit. Je sais à quoi il ressemble. Je sens que je dois le retrouver. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être pour le remercier. Grâce à lui, comme grâce à tant d’autres, je peux écrire.
Cette femme, c’est un peu comme si elle était morte pour moi, pour mon oeuvre. De toute manière, il lui fallait bien une raison de mourir. Il n’y en avait aucune. Sauf pour moi. Sa mort me sert. Son assassin me sert. Ils sont des chapitres de mon histoire, la part de réel de mes poèmes.
Je cherche un tueur parce qu’il fait partie du 1er chapitre de mon histoire. J’ai besoin de lui pour terminer mon livre. Toutes les morts qu’il laissera derrière lui ne seront que des évènements, de simples évènements.
Où est-il ? Que fait-il ? Qui traque t’il ?
Une main s’est avancée vers le magnéto et l’a éteint. Le silence s’est installé. Seule une respiration habitait la pièce. Il a repoussé la chaise sur laquelle il était assis et s’est levé. Devant lui, une immense fenêtre. La ville noire s’étalait, remplie d’angles morts, de cages vides et de pentes brutales. Le sol était invisible, couvert d’immondices. Par endroit, de grandes taches grisâtres. C’est de la flotte. Elle est putride.
Un rat, qui courait sur une canalisation, dérapa, lâcha prise, vola devant la fenêtre et couru s’écraser sur le sol. Il craqua. Quelque chose remua tout en bas. Les ordures ondulaient. Quelque chose avançait vers le rat. Soudain, une main d’outre tombe jaillit des ordure et se saisit du cadavre.
Le sol au pied de la tour s’était mis à bouger. Il regardait. La main verte était rentrée sous terre. Il entendait. Quelque chose mâchait.
Un « homme d’en bas » ! J’ai déjà vu des morceaux de leur chair verdâtre traîner dans les ordures. Aujourd’hui, c’est une main. Hier, c’était un moignon atrophié. Quand ils sont là, les ordures se soulèvent. Les détritus roulent vaguement sur les côtés. Ça fait du roulis. Il y a du mouvement sous nos déchets…
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Fanny
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Libellés : histoire
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2. Premier crime
Les journaux ont raconté un crime, dans la rubrique « faits divers ». Un crime, dans la rubrique « faits divers », c’est drôle… Un crime, c’est un drame, une mort. Aucune mort ne pourra jamais appartenir aux « faits divers ». Elle a vécu dans cette pièce, mangé sur cette table, baisé sur cette chaise. Je le sais. Je le sens.
On ne sait pas qui l’a tuée. Moi, je sais. Je le vois. Ce soir là, elle est rentrée tard. Elle était hôtesse de l’air. Son avion avait du retard. Ses placards étaient vides, rien à manger. Elle avait faim. Elle a décroché son téléphone et appelé. Une pizza. Elle a commandé une pizza. Une Calzone. La voix du téléphone lui a dit : « vous serez livré dans une demi-heure ». Une demi heure, c’était long et court à la fois. Le temps de prendre une douche, de se laver des décalages horaires, le temps de se préparer pour dîner. L’eau a coulé sur son corps. C’était agréable. Le gel douche sentait bon. L’eau a coulé longtemps, longtemps, longtemps jusqu’à ce que ça sonne. « Mince, le livreur ! » s’est-elle dit. « Déjà ! ». Elle a sauté dans son peignoir et ses chaussettes. L’eau dégoulinait sur le parquet. Elle s’est dirigée vers la porte et a ouvert.
Un homme se tenait dans l’entrée. Il était grand, brun. Elle ne le connaissait pas. Sans mot, il l’a poussée brutalement vers l’intérieur. Juste là. Là où il y a la grande tache rouge. Elle est tombée sur le sol. Son peignoir a amorti sa chute. Elle n’a pas eu le temps de crier. Il s’est jeté sur elle. Il l’a étouffé de son corps. Sa gorge était serrée, contractée. L’air ne passait plus. Pourtant, elle voulait vivre encore. Elle était jeune. Quelque chose a glissé dans son corps. Quelque chose a craqué. Quelque chose a coulé.
Ça a été très vite. Je crois qu’elle n’a pas réalisé qu’on la suicidait. Il s’est relevé et s’est rajusté. Le sang coulait lentement sur le parquet. Là, où il y a la grande tache rouge. Il a regardé le sang, ça l’a fait sourire. Ses dents étaient blanches. Il s’est retourné et s’en est allé sans fermer la porte.
Le sang a continué de se répandre, de gonfler les veines du parquet. Une blatte s’est approchée de la tache. Des pas ont résonné dans le couloir, le clic de l’interrupteur. Les pas se sont arrêtés juste devant la porte. Quelque chose de mou est tombé. C’était la pizza. Le livreur était à l’heure. Une demie heure s’était écoulée. Pourquoi n’a-t’elle pas regardé l’heure ? Depuis, elle gît dans la rubrique « faits divers ».
Personne ne sait qui l’a tuée. Moi, je l’ai vu…
La voix s’est tue. L’ombre s’est avancée vers la tâche rouge. Elle s’est accroupie et a caressé le sol, doucement. L’air sentait bon le gel douche. Une larme est tombée sur la tache. L’ombre pleurait…
Une sirène a retentit. Brusquement de retour dans la réalité, l’ombre a frissonnée. Il faisait froid. La fenêtre était ouverte. Le vent sifflait à l’intérieur de la pièce. Les sirènes se rapprochaient. Il fallait partir. On ne devait pas le trouver ici. L’ombre est partie, le magnéto dans la main, sans fermer la porte.
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Fanny
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1. Au tout début
Je suis le vampire des autres. Je suce les esprits jusqu’à la moelle de leur crâne. Je vole les idées. C’est nécessaire. Sans eux, je ne suis plus rien, je meurs… J’ai besoin d’eux et de leur vie. Sans eux, je ne suis plus rien, je suis vide… incroyablement vide, vide…
La voix du magnétophone devint inaudible. Elle grésillait, crissait dans la pièce. Tout semblait vibrer. C’est insupportable. Une ombre accroupie pourtant restait fixe. Il faisait sombre, presque noir. Impossible de distinguer à quoi elle ressemblait. La pièce semblait se rétrécir autour de l’ombre. Tout autour d’elle bougeait, s’ébranlait, bringuebalait. Les lignes devenaient courbes. Les angles des meubles s’arrondissaient.
Les murs, les choses étaient comme attirées par l’ombre. Elle absorbait l’univers de la pièce. L’armoire s’était collée aux limites de son corps. La chaise s’était enroulée autour de son bras. Seul le magnétophone n’avait pas bougé.
Tout d’un coup l’ombre se redressa, et hurla. Le cri était profond, violent. Il déchira la pièce. La chaise fut projetée à sa place initiale. L’armoire récupéra ses angles et ses lignes droites.
La voix du magnétophone s’était éteinte. L’air était pesant, étouffant, silencieux. C’est étrange. L’ombre avait dégueulé dans son cri un amas de lettres. Sans bruit, les lettres s’agençaient et devenaient des mots, les mots devenaient des phrases, les phrases s’organisèrent et racontèrent une histoire.
Les phrases dansaient autour de l’ombre. Charmeuse de lettres, elle dirigeait la danse. La farandole hypnotique tournait …
Venant de loin, une voix se mit à lire, à raconter les mots. Ce n’était pas la voix du magnétophone. Le timbre de la voix était étrange, métallique, une voix d’automate, une voix de rêve…
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Fanny
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