lundi 5 mars 2007

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2. Premier crime

Les journaux ont raconté un crime, dans la rubrique « faits divers ». Un crime, dans la rubrique « faits divers », c’est drôle… Un crime, c’est un drame, une mort. Aucune mort ne pourra jamais appartenir aux « faits divers ». Elle a vécu dans cette pièce, mangé sur cette table, baisé sur cette chaise. Je le sais. Je le sens.

On ne sait pas qui l’a tuée. Moi, je sais. Je le vois. Ce soir là, elle est rentrée tard. Elle était hôtesse de l’air. Son avion avait du retard. Ses placards étaient vides, rien à manger. Elle avait faim. Elle a décroché son téléphone et appelé. Une pizza. Elle a commandé une pizza. Une Calzone. La voix du téléphone lui a dit : « vous serez livré dans une demi-heure ». Une demi heure, c’était long et court à la fois. Le temps de prendre une douche, de se laver des décalages horaires, le temps de se préparer pour dîner. L’eau a coulé sur son corps. C’était agréable. Le gel douche sentait bon. L’eau a coulé longtemps, longtemps, longtemps jusqu’à ce que ça sonne. « Mince, le livreur ! » s’est-elle dit. « Déjà ! ». Elle a sauté dans son peignoir et ses chaussettes. L’eau dégoulinait sur le parquet. Elle s’est dirigée vers la porte et a ouvert.

Un homme se tenait dans l’entrée. Il était grand, brun. Elle ne le connaissait pas. Sans mot, il l’a poussée brutalement vers l’intérieur. Juste là. Là où il y a la grande tache rouge. Elle est tombée sur le sol. Son peignoir a amorti sa chute. Elle n’a pas eu le temps de crier. Il s’est jeté sur elle. Il l’a étouffé de son corps. Sa gorge était serrée, contractée. L’air ne passait plus. Pourtant, elle voulait vivre encore. Elle était jeune. Quelque chose a glissé dans son corps. Quelque chose a craqué. Quelque chose a coulé.

Ça a été très vite. Je crois qu’elle n’a pas réalisé qu’on la suicidait. Il s’est relevé et s’est rajusté. Le sang coulait lentement sur le parquet. Là, où il y a la grande tache rouge. Il a regardé le sang, ça l’a fait sourire. Ses dents étaient blanches. Il s’est retourné et s’en est allé sans fermer la porte.

Le sang a continué de se répandre, de gonfler les veines du parquet. Une blatte s’est approchée de la tache. Des pas ont résonné dans le couloir, le clic de l’interrupteur. Les pas se sont arrêtés juste devant la porte. Quelque chose de mou est tombé. C’était la pizza. Le livreur était à l’heure. Une demie heure s’était écoulée. Pourquoi n’a-t’elle pas regardé l’heure ? Depuis, elle gît dans la rubrique « faits divers ».

Personne ne sait qui l’a tuée. Moi, je l’ai vu…

La voix s’est tue. L’ombre s’est avancée vers la tâche rouge. Elle s’est accroupie et a caressé le sol, doucement. L’air sentait bon le gel douche. Une larme est tombée sur la tache. L’ombre pleurait…

Une sirène a retentit. Brusquement de retour dans la réalité, l’ombre a frissonnée. Il faisait froid. La fenêtre était ouverte. Le vent sifflait à l’intérieur de la pièce. Les sirènes se rapprochaient. Il fallait partir. On ne devait pas le trouver ici. L’ombre est partie, le magnéto dans la main, sans fermer la porte.

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